À Arras, le chauffage collectif est classé deux fois plus mal que l'individuel

Les façades à pignons de la Place des Héros, à Arras
Zairon / CC BY-SA 4.0

En bref

À Arras, 16,8 % des logements en chauffage collectif sont classés F ou G, contre 6,5 % des logements en chauffage individuel. Le collectif y est donc plus de deux fois plus exposé, une inversion de la hiérarchie habituelle qui tient au parc de grands immeubles de la ville.

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Une hiérarchie inversée

L'intuition dit que le chauffage collectif, mutualisé et entretenu par un professionnel, devrait mieux se classer qu'une chaudière individuelle vieillissante.

Les données publiques de l'ADEME sur les 18 080 diagnostics réalisés à Arras disent l'inverse. Les 6 527 logements en chauffage collectif affichent 16,8 % de passoires et 0,8 % de classes A ou B. Les 8 159 en chauffage individuel sont à 6,5 % de passoires et 3,3 % de A-B.

Un rapport de un à deux et demi, sur un parc de plus de quatorze mille logements. Ce n'est pas un artefact d'échantillon.

Ce que le collectif désigne réellement ici

L'explication n'est pas dans le mode de chauffage lui-même, mais dans ce qu'il identifie.

À Arras, le chauffage collectif équipe majoritairement les grands immeubles construits pendant les décennies d'expansion, dans des quartiers bâtis vite et sans exigence thermique. Le chauffage individuel, lui, recouvre à la fois du bâti ancien rénové au fil des ventes et des constructions récentes soumises aux réglementations thermiques.

La variable « collectif » est donc un marqueur de génération de bâti autant qu'un choix technique. Elle ne condamne pas le principe, elle décrit un stock.

Le réseau de chaleur ne corrige pas le tableau

On pourrait attendre du réseau de chauffage urbain qu'il redresse le résultat. Il ne le fait pas.

Les 4 777 logements arrageois raccordés au réseau affichent 9,3 % de passoires, 1,3 % de classes A ou B, 55,2 % de classes D et 23,7 % de classes E. Mieux que le gaz naturel, à 15,3 % de passoires, mais très loin de ce que les réseaux produisent dans d'autres villes.

Là encore, le réseau dessert ici le même parc collectif mal isolé : il en atténue les effets sans en corriger la cause. Le contenu carbone des réseaux évolue et se vérifie auprès du gestionnaire.

Le vrai facteur : 74 % du parc aux murs insuffisants

Le chiffre qui commande tous les autres est celui de l'enveloppe. Sur 18 080 diagnostics, 12 910 portent sur des logements aux murs jugés insuffisants, soit 74 % du parc arrageois.

Ce segment affiche 16,4 % de passoires et 0,4 % de classes A ou B. Les 1 205 logements aux murs très bien isolés tombent à 0,7 % et atteignent 19,0 % de A-B.

Un écart de un à vingt-trois. Que le chauffage soit collectif ou individuel, c'est l'isolation qui décide, et à Arras elle fait défaut sur les trois quarts du parc. Un audit énergétique sert précisément à hiérarchiser ces postes avant de voter une chaufferie neuve qui chaufferait toujours des murs froids.

Les maisons, plus exposées encore

La ventilation par type de bien complète le tableau. Les 3 043 maisons diagnostiquées à Arras affichent 17,4 % de passoires et 27,6 % de classes E.

Les 14 453 appartements sont à 10,8 %, les 584 immeubles entiers à 12,0 %. Près d'une maison sur cinq est donc une passoire, et près d'une sur deux se situe en E, F ou G.

Pour ces biens, la décision de travaux est individuelle : pas d'assemblée générale à convaincre, mais aucune mutualisation non plus.

Ce que cela change pour un copropriétaire

Si votre logement est en chauffage collectif, le chiffre de 16,8 % n'est pas une fatalité mais un signal : votre immeuble appartient statistiquement au segment le plus exposé de la ville.

L'ordre des travaux compte. Isoler avant de remplacer la chaufferie permet de dimensionner cette dernière sur les besoins réels, donc moins cher. L'inverse conduit à surdimensionner puis à ne plus avoir de budget pour la façade.

Le calendrier locatif rend l'arbitrage moins théorique qu'il n'y paraît : un logement classé F ou G voit sa mise en location contrainte, selon un calendrier dont les échéances se vérifient à date. Les passoires thermiques arrageoises sont nombreuses, mais concentrées sur un parc identifiable.

Ce que nous conseillons avant de vendre

Renseignez-vous sur le mode de chauffage de l'immeuble avant de fixer un prix : à Arras, c'est un prédicteur d'étiquette plus fiable que le quartier.

Établissez l'année de construction, qui commande le constat plomb pour les biens antérieurs à 1949, nombreux dans le centre reconstruit et les faubourgs, et le repérage amiante pour ceux d'avant juillet 1997.

Le reste suit le dossier de vente, avec l'état des risques à vérifier par adresse : les boves du sous-sol arrageois et la remontée de nappe concernent plusieurs secteurs de la ville.

Questions fréquentes

Le chauffage collectif est-il mauvais pour le DPE ?

Pas en soi, mais à Arras il identifie un parc précis : 16,8 % de passoires contre 6,5 % en individuel. Le collectif y équipe surtout de grands immeubles bâtis sans exigence thermique, et c'est cela que mesure le chiffre.

Le raccordement au réseau de chaleur améliore-t-il la note ?

Modérément à Arras : 9,3 % de passoires contre 15,3 % pour le gaz naturel, mais 55,2 % des logements raccordés restent en classe D. Le réseau dessert le même parc mal isolé et en atténue les effets sans en corriger la cause.

Par quoi commencer dans une copropriété arrageoise ?

Par l'enveloppe. 74 % du parc de la ville a des murs jugés insuffisants, à 16,4 % de passoires. Isoler avant de remplacer la chaufferie permet de dimensionner celle-ci sur les besoins réels, donc de dépenser moins.

Les maisons sont-elles épargnées ?

Non, elles sont même les plus exposées : 17,4 % de passoires sur 3 043 diagnostics, et 27,6 % de classes E. Près d'une maison arrageoise sur deux se situe en E, F ou G.

Sources officielles

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